Se lancer en médiation animale : les 7 étapes clés d’une reconversion réussie (EPISODE 3)

Se lancer en médiation animale : les 7 étapes clés d’une reconversion réussie (EPISODE 3)

Après une première carrière pas totalement épanouie, parfois pesante ou traumatisante, de nombreuses personnes font le choix libérateur d’une reconversion à 180°. Dans mes précédents articles, nous avons fait la rencontre de Camille, Cindy et Victoria. Toutes trois reconverties depuis peu dans la médiation animale, elles nous ont livré les raisons profondes de leur reconversion, ainsi que la manière dont elles ont surmonté leur complexe de légitimité.

Vous êtes également nombreuses et nombreux à envisager de prendre des chemins similaires. Comment lancer votre projet en médiation animale, quel statut choisir, comment vous assurer le succès et la possibilité d’en vivre ? Si votre projet est bien une aventure humaine et animale, il n’en reste pas moins un projet d’entreprise avec ses contraintes, ses surprises et ses incertitudes. Grâce aux témoignages de nos trois super complices, voici les 7 étapes clés d’une conversion réussie en médiation animale.

 Etape 1 : Se confronter au métier de médiation animale, et l’explorer

Les personnes que l’on appelle « reconverties en médiation animale » se distinguent de celles professionnelles du monde médico-social, en ce sens que leur métier d’origine n’a souvent aucun lien ni avec les animaux, ni avec les personnes vulnérables qui en bénéficient.

Explorer la profession est alors selon moi une étape incontournable pour valider que l’on a bien compris ce à quoi elle correspondait au quotidien. La porte d’entrée est généralement la passion pour les animaux. Pourtant la capacité à nouer des relations humaines est tout aussi importante, et il n’est pas rare que des personnes s’en rendent compte et décident de poursuivre un autre projet.

Pour cela, deux options s’offrent à vous : effectuer un premier stage de quelques jours (auprès d’un.e professionnel.le indépendant.e ou dans une ferme pédagogique par exemple, ou bien suivre une formation qui intègre des séances pratiques dans son cursus. Pour Cindy de Piam-Piam, la combinaison des deux fut un choix sécurisant : « J’ai suivi ma formation, et puis j’ai fait des stages chez des confrères déjà en poste, pour mûrir mon projet ».

Un stage, une formation ? Optez pour les deux !
Un stage, une formation en médiation animale ? Optez pour les deux !

Dans tous les cas, suivre une formation sérieuse et complète est essentiel (même si la loi ne l’exige pas). Vous y apprendrez les fondamentaux de la relation avec des personnes vulnérables ou en situation de handicap, les normes quant à la détention d’animaux, mais aussi toute une méthodologie pour créer, structurer et développer votre organisme (entreprise ou non).

« Avoir un diplôme reconnu n’est pas le plus important », selon Camille de De Patte en Main, qui s’est lancée dans une formation dès que sa décision de reconversion était prise : « en étant novice dans le métier, cela m’a permis d’apprendre plein de choses ». Et de finir par concéder « il me restait quand même à approfondir mes propres connaissances sur les diverses pathologies ».

Etape 2 : Etudier la faisabilité de son projet animalier

Qu’elle sera grande votre tentation de vous lancer directement sans étudier votre marché, ni même évaluer votre propre capacité à porter votre projet contre vents et marées !

Prenez le temps d'étudier votre marché et la faisabilité de votre projet
Prenez le temps d’étudier votre marché et la faisabilité de votre projet de médiation animale

« Après ma formation, je me suis laissée un petit mois de réflexion », nous confie Victoria, médiatrice en Île-de-France et ancienne assistante en ressources humaines.

Pour Cindy de Piam-Piam, « ce fut une décision de couple. Nous voulions que nos deux projets soient en phase. Je réfléchissais à faire de l’art-thérapie, et puis en approchant son domaine à lui, l’équicie, je me suis vite tournée vers la médiation animale. On a toujours vécu avec les animaux, mais je n’avais encore jamais imaginé travailler avec eux. Une fois cette question réglée, j’ai constaté que j’avais une place à prendre dans ma région, la demande étant forte, et l’offre très faible : j’ai décidé de me lancer ».

Alors comment réaliser une étude de marché ? Découvrez quelques éléments de réponse ici.

Voici quelques questions à vous poser avant de continuer :

  • Que voulez-vous proposer, sous quel format, et pour quelle rémunération ?
  • Combien aurez-vous de concurrents direct et indirects, et avez-vous suffisamment de place à leur côté, dans votre zone géographique de prédilection ?
  • Combien de temps pouvez-vous subvenir à vos besoins sans revenus de votre nouvelle activité (Pôle Emploi, conjoint.e, autre…) ?
  • Quels seraient les investissements à financer, et avez-vous les financements disponibles ? Si non, saurez-vous trouver ces financements ?

Etape 3 : Choisir le bon statut et créer son organisme en médiation animale

Une fois la décision de se lancer prise, il reste à donner une forme juridique à votre projet. Oui, c’est obligatoire, car vous aurez à éditer des devis, des factures, à déclarer vos revenus et à assurer un service professionnel à vos clients.

Quel statut juridique choisirez-vous pour votre activité de médiation animale ?
Quel statut sera le plus adapté pour une reconversion en médiation animale ?

Entreprise, association, Micro-entreprise, société, vous êtes perdu.e ? C’est normal. En fait, il existe des statuts adaptés à chaque profil, à chaque besoin, et à chaque ambition. Si Victoria a préféré le statut de micro-entreprise dès le début de son projet, Camille s’est dirigée vers la création d’une association loi 1901.

Voir mon article « médiation animale : quel statut choisir » ?

Cindy, quant-à-elle, a préféré s’intégrer dans une CAE (coopérative d’activité et d’emploi), une entité qui gère une partie de sa comptabilité tout en lui laissant son indépendance, et qui à terme devrait la salarier.

Etape 4 : Remplir son agenda… pour remplir son frigo ?

Une chose est sûre, c’est que l’étape la plus importante de votre périple se trouve ici. C’est le moment où votre projet prend forme car vous passez de la théorie, on dira même du rêve, de la projection, à la réalité : les clients ne viennent que rarement tout seuls. Quand certaines de vos cibles (institutions, écoles, particuliers) ne connaissent même pas la pratique de la médiation animale, certaines n’ont tout simplement pas le budget pour vous rémunérer, ou bien ont déjà un partenariat avec l’un.e des vos confrères ou consœurs.

Prendre le temps, la devise de Piam-Piam …

Alors prenez le temps qu’il faudra, et lancez vous à la recherche de vos premiers clients. Vous n’aimez d’ailleurs peut-être pas ce mot de « client », certains préfèrent « partenaire », ou « bénéficiaire », mais je l’utilise volontairement, car OUI, il faudra que quelqu’un vous rémunère.

C'est certain, vous POUVEZ gravir des montagnes ! (Photo prise par Victoria, professionnelle de médiation animale en Ile-de-France)
c’est certain, vous POUVEZ gravir des montagnes ! (Photo prise par Victoria)

Dans le cas de Camille (De Patte en Main, Normandie), l’activité se lance lentement. « Je termine ma première saison, et il est vrai qu’à ce jour j’ai assez peu de perspectives pour la rentrée de Septembre : j’ai pas mal démarché il y a quelques mois, je ne sais pas si c’est suffisant, j’envisage de trouver un petit emploi à mi-temps en attendant ». Une solution tout-à-fait compréhensible et honorable, quand on sait qu’il faut en moyenne deux à trois ans pour mettre son projet sur les rails. « Aujourd’hui je ne vis pas encore de mon activité, ce n’est pas suffisant, il me faudrait davantage de contrats à long terme, mais j’y travaille ! » m’a-t-elle assuré au cours de notre rencontre à Fécamp. Et vu la passion et le professionnalisme qu’elle met au service des gens dont elle s’occupe, c’est tout le mal qu’on lui souhaite !

De son côté, Victoria a préféré opter pour une diversification de ses activités : « je me suis lancée il n’y a pas très longtemps, et je suis en fin de droits à Pôle Emploi. » Mais comme elle avait prévu le coup, elle reste optimiste et va de l’avant : « Je propose des formations PECCRAM – prévention des morsures, NDLR – et je propose maintenant des balades canines, ce qui me permet de m’ouvrir à d’autres clientèles ».

Démarchage, communication et diversification, telle serait la combinaison gagnante pour vivre de votre passion ? A moins que comme Cindy, votre agenda ne soit déjà rempli à 200% après seulement quelques semaines d’existence : « Piam-Piam a tout de suite été médiatisée, et en seulement trois mois on réfléchit déjà à s’agrandir, car nous avons de plus en plus de demandes ».

Le bon signe d’une profession qui gagne en notoriété et en reconnaissance.

Etape 5 : Préparer ses séances à visée pédagogique ou thérapeutique

Voilà le moment un peu plus sympa : préparer ses premières séances, sa mallette de tout un tas de matériels d’animation, etc. Dans le cas d’un programme de séances sur le long terme, prévoir un programme pédagogique ou (à visée) thérapeutique est indispensable. C’est sur cette base que vous définirez des objectifs mesurables (ou du moins observables) et les actions possibles.

Place maintenant à la créativité. Et pour plaire à tous les profils, il vaut mieux s’équiper de plusieurs jeux et matériels ! Ludiques, sensoriels, cognitifs, aidants à la mobilité, comestibles, sociaux : en déplacement comme à domicile, avoir le sac de Mary-Poppins pourrait bien vous sauver quelques séances.

Camille travaille avec deux chiennes, mais aussi des cochons d’inde, des poneys et un mouton, et elle en est certaine, il n’existe pas une seule séance similaire aux précédentes : « Ce qui est intéressant dans ce métier, c’est que tu ne rencontres jamais de routine, […] tu travailles avec du vivant, que ce soit avec les animaux ou les bénéficiaires en face, tu n’as jamais les mêmes réactions, ni les mêmes situations, et c’est ça qui est vraiment chouette dans ce métier ».

Des propos qui seraient sans nulle doute validés par Victoria, qui ne manque pas d’ingéniosité pour émerveiller et surprendre ses protégés : « J’ai créé un sur mesure un Memory Géant, avec des photos de ma chienne. En plus, cela permet de reposer un peu ma chienne, tout en restant sur la thématique animale ».

Chez Piam-Piam, où « chaque moment est précieux à vivre », il semblerait que Cindy aussi ait son petit objet fétiche en séance : « sans aucun doute, c’est mon petit tunnel de toutes les couleurs. Je ne sais pas qui adore le plus : les lapins, ou les bénéficiaires qui les regardent entrer et sortir ? ».

Le tunnel multicolore des lapins fait fureur dans les séances de médiation de Cindy
Le tunnel multicolore des lapins fait fureur dans les séances de médiation de Cindy

Etape 6 : Passer du porteur du projet au professionnel de la médiation par l’animal

« La gestion d’entreprise, c’est ennuyant… » m’a alors fermement répondu Cindy. « Quand on quitte un métier administratif pour faire de la médiation animale, ce n’est pas pour passer son temps à faire de la paperasse. Du coup j’essaie d’externaliser ce que je peux ».

Cindy n’a pas tort : les tâches administratives n’ont rien de très excitant. Elles restent néanmoins le gage du sérieux de votre entreprise. Promis, je ne vais pas vous ennuyer avec cette étape (pour cette fois), posez-vous juste les bonnes questions et ça devrait aller :

  • Est-ce que ce que je fais est « pro » aux yeux de mes clients ? Exemples : devis et factures proprement rédigés, rapports en fin de cycle de séances, site internet professionnel qui inspire confiance, etc.
  • Est-ce que je pratique mon métier dans les règles de l’art ? Exemples : avez-vous souscrit à une assurance multirisque professionnelle ? Êtes-vous à jour de vos déclarations ? Avez-vous toutes les autorisations pour élever vos animaux et les présenter au public, avez-vous un règlement intérieur à disposition de vos clients ?

Etape 7 : Rechercher sans cesse l’amélioration dans sa pratique

Nous voici à la dernière étape, et votre projet sera vraiment SOLIDE ! L’amélioration continue, quèsaco ? Il s’agit en fait de tout reprendre depuis l’étape 1, ou presque, pour être toujours à la pointe de votre art, et proposer sans cesse des innovations.

Ne pas rester passif.ve pourrait, par exemple, être une devise de Cindy. « Je lis beaucoup et me forme toujours pour mieux connaitre les pathologies des gens que j’accompagne. Cela me permet de créer de nouvelles activités pour atteindre des objectifs nouveaux ». De même pour Victoria qui suit une formation longue, sur deux ans, sur la relation homme-chiens.

Tout comme Victoria, Camille (De Patte en Main) propose depuis peu le programme PECCRAM, en plus des séances de médiation animale

Pour Camille, c’est aussi la pratique elle-même qu’il convient de dépoussiérer. Car si la médiation animale repose généralement sur une relation dite « triadique » (médiateur-animal-bénéficiaire, terme utilisé par Véronique Servais), Camille a récemment expérimenté un travail entre sa chienne, une bénéficiaire et elle-même, en y intégrant également le papa et l’éducateur de la jeune fille. Une belle histoire que vous découvrirez dans le prochain et dernier article sur la reconversion !

Alors, n’ayez plus peur de vous lancer : commencez par vous confronter à ce métier qui vous intrigue et vous fait envie, testez-le et testez-vous, testez votre marché, puis votre propre projet. Créez votre structure, trouvez vos premiers clients, préparez vos séances sans oublier de rester professionnel.le dans toutes les étapes de votre projet, et recherchez sans cesse à vous améliorer.

Si vous faites tout cela, votre projet de reconversion en médiation animale a de beaux jours à vivre.

Tristan FERRE
Consultant, coach et fondateur de la formation «Je lance mon projet animalier : médiation animale et fermes pédagogiques»

Vous souhaitez devenir entrepreneur animalier, et la relation homme / animal vous passionne ? je vous offre une formation en ligne gratuite : inscriptions ici

>>> Retrouvez et suivez Camille, Cindy et Victoria en cliquant sur leur prénom !

Cet article a 2 commentaires

Laisser un commentaire