La France Agricole : quelles perspectives pour 2019 ?

La France Agricole : quelles perspectives pour 2019 ?

Alors que le cru 2019 du Salon de International de l’Agriculture approche à grands pas sous le thème « Des hommes, des femmes, des talents ! », nous ne nous sommes jamais autant posé la question de la place de l’Agriculture en France. Il faut dire que les pratiques ont bien changé, le renouvellement des générations aidant, et les attentes des consommateurs, devenus consom’acteurs, aussi !

Petit tour de piste des tendances qui devraient animer 2019.

La révolution des circuits de distribution

Ce début d’année aura-t-il scellé dans le marbre la défiance des consommateurs français vis-à-vis de ceux qui leur vendent leur nourriture ? Après l’annonce de scandales sanitaires relatant de la distribution de 150 kg de viande Polonaise avariée, nous sommes bien loin de la traçabilité promise par les lois successives de ces dernières années…

Les français ne comprennent plus rien à la traçabilité !

Face à ce fléau du « pas d’information » ou du « trop d’information » quant à la qualité et l’origine de notre alimentation, nous assistons à l’émergence de plus en plus de circuits d’achat locaux qui pourraient bien remettre en cause nos modes de distribution (et c’est plutôt une bonne nouvelle !).

La fin des intermédiaires ?

Oui, et non. Il est vrai que l’achat en direct des producteurs a vu le nombre de ses adaptes exploser depuis quelques années. Quoi de plus efficace pour connaitre l’origine de l’alimentation que l’on consomme que de connaitre directement son producteur ? Et même s’il est impossible pour un néophyte de vérifier concrètement la qualité de la production, le contact de la ferme permet à lui-seul d’éliminer bien des craintes et bien des risques de tromperie. Une pratique qu’ont bien compris les producteurs laitiers et autres maraîchers, par exemple, en installant des distributeurs automatiques devant leur exploitation, ou de petites cabanes de vente directe.

Cependant l’explosion de l’intérêt pour la vente directe laisse largement la place à des intermédiaires alternatifs aux grandes surfaces, jugés plus pratiques par les consommateurs, et ils sont nombreux : AMAP, sites de commandes groupées en direct des producteurs (la Ruche qui dit oui), magasins de produits locaux, souvent majoritairement bio (Biocoop par exemple), marchés locaux, paniers de légumes vendus dans les lieux de passage, monnaies locales, etc.

Quelle réponse des grandes surfaces ?

Si 2018 aura été l’année du « très local » pour les grandes surfaces, avec des réorganisations entières de rayons dédiés aux produits du terroir, montrant fièrement le visage de producteurs locaux, on en voit déjà les limites : pour cela, il vous suffit de vous arrêter au rayon œufs et de constater le nombre d’emballages qui vous suggèrent un élevage à taille humaine, de proximité, avec de belles poules sur fonds de prairie verdoyante. En prenant la loupe, on y lira pourtant « poules élevées en cage ».

Si les grandes surfaces sont encore médiocres sur le plan éthique de leur approvisionnement, elles ont cependant tout compris sur le plan marketing, en témoigne l’explosion de logos « naturel » ou « proche de chez vous » dont il sera facile de les confondre avec de vrais labels de qualité, décernés par des organismes indépendants, sur la base d’un cahier des charges. Quelques marques semblent, quant à elles, être davantage dignes de confiance, comme les marques régionales gérées par les chambres d’agriculture ou les régions.

Après la remise en cause des monocultures, l’effondrement de la mono-activité ?

Le principal fléau dans le monde agricole est certainement la fluctuation des revenus. Quand on dépend du cours d’un unique produit comme le blé ou le maïs, il n’est pas difficile de comprendre la pression que peut ressentir un agriculteur face à l’évolution des cours du marché, et aux aléas climatiques.

Les monocultures se font ainsi aujourd’hui plus rares, en tout cas parmi les nouvelles générations d’agriculteurs, au profit de cultures beaucoup plus diversifiées. L’émergence, encore timide certes, mais motivée, de la permaculture, en est le meilleur exemple, elle qui défend l’idée même d’une biodiversité dans chaque exploitation ; des modèles de microfermes très productives que défend par la ferme du Bec Hellouin (en Normandie), par exemple dans cette vidéo.

Mais ce à quoi nous assisterons davantage en 2019 sera probablement le passage de la polyculture à la poly-activité.

Dans une étude réalisée fin 2018 auprès d’agriculteurs de tous horizons, je constatais que beaucoup d’entre eux souffraient d’un manque de reconnaissance et de proximité avec les consommateurs.

En réponse, les agriculteurs se mobilisent et diversifient leur activité pour faire de l’Agritourisme. Alors que certains ouvrent leur propre boutique de vente ou des cueillettes, d’autres vont encore plus loin en proposant des circuits de découverte de leur métier, des animations, des dégustations, et souvent même des repas et des nuitées à la ferme. Aujourd’hui l’Agritourisme représenterait près d’un tiers de la fréquentation touristique en France, selon le media Tourmag.fr. Un marché boosté par les plateformes de réservation généralistes, AirBnB et Tripadvisor en tête, et des annuaires spécialisés comme le Réseau « Bienvenue à la Ferme ».

Au-delà du contact humain, l’agritourisme représente une part non négligeable dans les revenus des agriculteurs. Si en 2002 il n’était considéré que comme un complément minoritaire dans l’activité d’agriculteur (Sharpley, 2002), il pourrait bien prendre cette année une place bien plus importante, certains agriculteurs se concentrant même à 100% à la pédagogie et à l’accueil du public, en délaissant la production pure.

Agriculteur de père en fils… Mais pas que !

2019 pourrait bien être l’année des néo-paysans et des agricultrices !

Les néo-paysans, le choix radical d’un nouveau mode de vie

J’ai découvert le terme de néo-paysan lors d’une intervention de Fermes d’Avenir au Forum Mondial Convergences. Il désigne des personnes originellement éloignées des métiers agricoles, plutôt des urbains, occupant des postes de cadres ou d’ingénieurs, qui décident de tout quitter pour se consacrer à une activité agricole ou rurale.

Dans une étude publiée par nouvelleviepro.fr, 70% des français interrogés affirment souhaiter une activité plus en phase avec leurs valeurs et leurs passions, et 55% seraient prêts à changer de vie d’ici moins d’un an. Ceci explique cela, le monde agricole se retrouve aujourd’hui bouleversé par l’émergence d’un modèle autre que le fameux « agriculteur de père en fils » ; une population nouvelle qui espère bien que cette année de nombreuses barrières à l’entrée soient enfin levées, notamment en termes d’accès aux terres, qui privilégie toujours l’extension des cultures existantes aux nouveaux arrivants.

Des néo-paysans qui, malgré ces barrières, bénéficient d’une force formidable : la possibilité de s’adapter rapidement au marché actuel (bio, local, diversifié, peu transformé), évitant ainsi le coût d’une conversion douloureuse ; des connaissances en marketing et en communication souvent plus instinctives ; un plus grand intérêt pour les nouvelles pratiques.

Entreprendre au féminin n’est ENFIN plus un tabou dans l’agriculture

Que ce soit en fermes pédagogiques ou en fermes de production, les femmes trouvent enfin leur place dans le monde agricole. En 2012, 25% des exploitations étaient gérées par des femmes, contre 8% en 1970 (Etude MSA – Ministère de l’Agriculture). L’émergence de programmes et de fonds dédiés favorise d’ailleurs l’entrepreneuriat au féminin en France (Pôle Emploi, aides régionales, France Active, Pionnières, etc.). Des femmes Agricultrices qui en 2019 seront plus nombreuses à se lancer dans l’Agritourisme, et auront une plus grande sensibilité aux méthodes Marketing pour attirer davantage de clients.

Nous assisterons donc en 2019 à une plus grande diversification des modes de distribution de l’offre agricole, à la multiplication des projets de conversion à l’Agritourisme et à la polyculture bio ou raisonnée, ainsi qu’à l’arrivée moins timide dans la France agricole de néo-paysans et d’agricultrices.

Une tendance de fonds qui ne doit pas nous faire oublier les milliers d’agriculteurs en monoculture qui ont un grand besoin d’accompagnement pour diversifier et solidifier leur activité et leurs sources de revenus.

Vivre (vraiment) de sa passion, c’est possible !

Tristan FERRE,
Consultant, coach et fondateur de la formation «Je lance mon projet animalier : médiation animale et fermes pédagogiques»

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