La médiation animale est souvent présentée comme une manière de recréer du lien entre l’humain, l’animal et la nature. Pourtant, un paradoxe revient régulièrement sur le terrain : nous passons beaucoup de temps à réfléchir au bien-être des animaux, aux besoins des personnes accompagnées ou aux objectifs pédagogiques de nos séances, mais beaucoup moins à la manière dont nous choisissons le matériel qui les rend possibles.
Ce sujet peut sembler secondaire. Il ne l’est pas. Le matériel n’est jamais un simple accessoire. Il participe lui aussi au message que nous transmettons. Choisir un objet, c’est faire un choix pédagogique. C’est aussi, souvent sans s’en rendre compte, faire un choix environnemental.
L’objectif n’est évidemment pas de transformer chaque séance en démonstration d’écologie, ni de culpabiliser celles et ceux qui débutent avec un budget limité. En revanche, il devient difficile de parler de lien avec le vivant sans s’interroger, au moins un peu, sur la manière dont nous fabriquons, achetons, utilisons puis remplaçons nos outils de médiation.
Le jour où Action est devenu le magasin préféré des médiateurs animaliers
Je vais probablement faire sourire beaucoup de professionnels.
Si je devais citer le magasin qui équipe aujourd’hui le plus de salles de médiation animale, je répondrais sans hésiter : Action. Et l’on pourrait ajouter Gifi, Temu ou d’autres plateformes où l’on trouve, pour quelques euros, des figurines, des tampons, des boîtes, des papiers colorés, des puzzles ou des jeux sur les animaux.
Pourquoi est-ce si tentant ? Parce que ces magasins sont de véritables cavernes d’Ali Baba. On y entre avec une idée et l’on en ressort avec dix objets pas prévus.
Le fameux : « Tiens… ça, ça peut servir. »
Cette petite phrase paraît anodine. Pourtant, elle marque souvent un changement de posture. À partir du moment où l’on flâne dans les rayons, on recommence à réfléchir comme un consommateur. On achète parce qu’un objet donne une idée, alors qu’un professionnel commence normalement par définir les objectifs qu’il souhaite poursuivre pendant sa séance, en lien avec ses publics, leurs besoins, en lien avec les animaux qu’il a. Il imagine les activités, puis dresse seulement la liste du matériel réellement nécessaire.
Ce simple changement de raisonnement évite beaucoup d’achats inutiles et améliore la qualité des interventions.
Les meilleurs outils sont souvent déjà chez toi
Lorsque l’on prépare son matériel depuis chez soi, quelque chose de très intéressant se produit : on ouvre ses placards et on y redécouvre des objets oubliés.
Une boîte à mouchoirs devient une boîte sensorielle. Des œufs de caille vidés deviennent un formidable support pour travailler la motricité fine ou le dénombrement. Une coque de noix de coco se transforme en contenant naturel. Des galets blancs deviennent un support à peindre. Un vieux plateau retrouve une seconde vie après un simple coup de peinture. Des albums photo chinés quelques euros chez Emmaüs accueillent enfin les photos de ses propres animaux plutôt que des illustrations génériques.
Le résultat est souvent plus cohérent, plus personnel et finalement beaucoup plus professionnel qu’un jeu acheté parce qu’il était « sur le thème des émotions ».
Un choix davantage sur le pourquoi et le comment, avant le quoi, qui reflète une vraie maturité professionnelle.

Le faux débat entre le bois et le plastique
Pendant longtemps, j’ai grandi avec une idée très simple : le bois était écologique, le plastique était polluant. J’ai naturellement été tenté d’appliquer cette logique au matériel pédagogique.
Puis je me suis rendu compte que je me trompais de question.
La composition d’un objet est loin d’être le seul critère. Son usage et son cycle de vie comptent tout autant. Une figurine en plastique, raffinée, détaillée, reflétant une race locale qu’on identifie facilement, utilisée pendant dix ans dans plusieurs centaines de séances, a parfois beaucoup plus de sens qu’un objet en bois acheté parce qu’il semblait plus « vert » mais oublié dans un placard après quelques semaines, parce qu’il est trop abstrait.
Cette réflexion m’a progressivement amené à sortir d’une logique centrée sur les matériaux pour regarder davantage la manière dont un objet va vivre tout au long de son utilisation.
Quatre questions avant chaque achat
Lorsque je réfléchis à un nouveau matériel pédagogique, je ne cherche plus le matériau idéal. Je me pose quatre questions.
Est-il réutilisable presque à l’infini ?
Un matériel solide, agréable à manipuler et utilisé pendant plusieurs années possède déjà une qualité essentielle. Sa durée de vie répartit son impact sur un très grand nombre de séances. Les bocaux en verre sont imbattables face au plastique jetable, les cubes de jeux sont souvent plus solides que les puzzles qui s’abiment vite.
Sinon, est-il recyclable ?
Lorsqu’il arrivera en fin de vie, ses matériaux pourront-ils servir à fabriquer autre chose ? Un puzzle en carton, un sac en tissu ou une boîte en carton offrent cette possibilité.
Ou encore, permet-il de réduire d’autres consommations ?
C’est probablement la question la moins intuitive. Prenons une feuille plastifiée. Oui, elle utilise du plastique. En revanche, si elle évite d’imprimer cent fois le même document pendant plusieurs années, elle permet également d’économiser du papier (donc des arbres et de l’eau), de l’encre, de l’énergie et du temps. Un objet peut avoir un impact au moment de sa fabrication tout en permettant de réduire d’autres consommations pendant toute sa durée d’utilisation.
Peut-il retourner à la nature ?
Une partie du matériel pédagogique peut tout simplement retourner à la nature. L’argile, les encres naturelles, le bois récupéré, les pommes de pin, les coquillages ou les fleurs séchées sont autant de ressources qui peuvent être utilisées puis restituées au vivant, à condition qu’elles aient été prélevées avec discernement.
Une évolution logique de notre certification
Cette réflexion nous a conduits à faire évoluer notre certification.
À partir de septembre 2026, les candidats devront être capables de justifier leurs choix de matériel pédagogique, au regard de la transition écologique. Il ne s’agit pas de former des spécialistes de l’environnement, mais des professionnels capables d’expliquer leurs décisions.
Pourquoi avoir choisi ce support plutôt qu’un autre ? Pourquoi privilégier un matériel réutilisable ? Pourquoi conserver un objet existant plutôt que d’en acheter un neuf ? Pourquoi utiliser un matériau recyclable ou compostable lorsqu’il répond au besoin ?
Ces questions représentent une petite partie de l’évaluation, mais elles traduisent une évolution importante. La qualité d’un professionnel ne se mesure plus uniquement à ce qu’il fait pendant une séance. Elle se voit aussi dans les choix qu’il fait avant même que cette séance n’existe.
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Le matériel raconte déjà quelque chose de notre relation au vivant
On parle souvent de la médiation animale comme d’un métier de la relation. Cette relation commence pourtant bien avant le premier contact avec un animal. Elle se construit aussi dans les objets que nous choisissons, dans ceux que nous réparons, que nous réutilisons ou que nous décidons de ne pas acheter.
Créer des activités durables ne consiste pas à trouver le matériau parfait. Il s’agit d’adopter une manière de penser où chaque objet est envisagé pour ce qu’il permettra aujourd’hui, mais aussi pour ce qu’il deviendra demain.
Lorsqu’on accompagne des personnes à mieux comprendre le vivant, cette cohérence n’est pas un détail. Elle fait pleinement partie du message que l’on transmet.


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